06 avril 2008
Parentalité: du besoin et du désir d'avoir un enfant
Je suis en train de réaliser quel sera le grand défi de ma trentaine. Il s'agira de m'adapter aux changements qui s'opèrent dans mon environnement. Tous, mais alors là vraiment tous, mes couples d'amis ont / sont en voie d'avoir / songent à avoir des enfants. Je comprends, c'est comme ça que ça fonctionne. C'est dans l'ordre des choses. Mais moi qui suis homosexuel, je regarde les autres prendre le train de la parentalité pendant que je reste en gare. C'est difficile. Je me sens de plus en plus seul. Les autres changent, pendant que je change différemment.
L'élu de mon coeur m'a demandé si je voulais un jour adopter un enfant. Ce n'est pas la première fois qu'il me pose cette question. J'ai toujours répondu par la négative tout en lui disant qu'il est toujours possible que je change un jour d'idée. Ma réponse est encore aujourd'hui négative. Mais je demeure ouvert à la réflexion. Voici deux pistes de réflexion qui m'amènent, pour l'instant, à maintenir ma décision de ne pas avoir d'enfant.
Cultiver ma différence
Si l'élu de mon coeur était une femme, je vous assure que je lui ferais un enfant dès cette année. Je serais père rapidement. Car j'ose l'avouer, je crois que je fais foncièrement partie du mainstream. Je ne suis pas un être subversif. Ce n'est pas moi ça. Alors, c'est sûr que je suivrais le puissant courant de la parentalité si je n'étais pas homosexuel. Mais depuis qu'il est possible d'adopter, je suis forcé de me sortir du confort de cette impossibilité. Je dois trouver une autre explication.
Mon homosexualité est peut-être, au bout du compte, la seule particularité qui me distingue du mainstream. Et je me dis que c'est sûrement mon devoir de cultiver cette différence. Je veux en faire quelque chose de positif. Ne pas avoir d'enfants est un choix de vie qui mène sûrement ailleurs que le choix inverse, pour le meilleur et pour le pire. Et je veux voir ce qu'il y a pour moi au bout de cette route.
À quoi bon?
Disons que j'oublie ma première réflexion et que je décide d'adopter une petite Chinoise. Ling Ling. Je sors cette enfant de la misère, je l'aime, je la guide selon mes principes, je l'aide à choisir sa profession, elle se trouve un chum, elle se marie, elle a beaucoup d'enfants et elle vit heureuse très longtemps. Et puis Ling Ling se sentira obligée de venir me voir. Je serai le vieux radoteux, l'obligation dans sa vie. Tout ça pour que Ling Ling recommence un nouveau cycle. À quoi bon tout ça?
Évidemment, on peut renverser la réflexion. À quoi bon mener une vie sans enfants? Peut-être pour investir son temps et son énergie dans d'autres projets. Comme quoi? Aucune idée, vraiment.
18 février 2008
Élitisme mal placé
Hier, à Tout le monde applaudit, l'auteur Sergio Kokis est venu chier sur le Québec. Il a chié sur la Commission Bouchard-Taylor et sur l'état de la langue au Québec. Dans les deux cas, j'ai trouvé son élitisme mal placé.
Sur la Commission Bouchard-Taylor, Kokis reprend le point de vue répandu (que je partage par moments) selon lequel il fut idiot de laisser le large public s'exprimer. Il aurait fallu confier ce débat aux intellectuels, ceux qui savent réfléchir sur des enjeux aussi complexes. C'est vrai que ça prend des intellectuels pour orienter les débats. Mais un coup qu'on a choisi de vivre en démocratie, il devient incohérent de censurer la populace. La Commission Bouchard-Taylor aura au moins eu le mérite d'être un formidable exercice démocratique. Dé-mo-cra-tie, c'est un mot qui vous dit quelque chose monsieur Kokis, vous qui êtes supposément si bon en français? Bien que j'aie été moi-même très critique envers la pertinence de la Commission Bouchard-Taylor, je crois qu'il est maintenant sage d'attendre les conclusions du rapport à venir, qui sera écrit par de grands intellectuels, pour évaluer si c'était valable de laisser parler Paulette du boulevard Greber de Gatineau.
Sur l'état de la langue au Québec, Kokis se plaint de la mauvaise qualité du français parlé. Il dit que les immigrants finissent par mieux parler français que les Québécois eux-mêmes. Ils jugent que les Québécois refusent obstinément de prendre exemple sur la parfaite France, ce pays où l'immobilité sociale est reconnue. Kokis n'a rien compris. Il n'a pas compris que le Québec a réussi à se donner une langue orale vivante qui reflète l'état d'âme d'une nation particulière: une nation où les rapports humains n'ont pas à subir les distances stériles créées par l'élitisme. Notre syntaxe n'est peut-être pas toujours parfaite, mais nous vivons! Et à ce que je sache, nous nous en tirons pas mal! Je ne voudrais pas vivre ailleurs qu'au Québec, là où il fait bon vivre et là où il est possible de s'exprimer sur la place publique sans avoir complété un doctorat.
18 novembre 2007
Aide sociale: la nécessaire possibilité
Nouvelle mesure populiste de l'Action démagogique du Québec en vue: ce parti de droite a proposé en fin de semaine de serrer la vis aux bénéficiaires de l'aide sociale, les B.S., en limitant la durée des prestations à 4 années maximum pour ceux qui sont aptes à travailler. J'entends déjà les «honnêtes» mères et pères de famille jubiler: «enfin quelqu'un qui met ses culottes. Il est temps que les B.S. travaillent comme nous autres». C'est vrai que ça prend toujours quelqu'un pour flipper nos hamburgers!
Rien de nouveau sous le soleil. Les B.S. ont toujours été la cible des populistes. C'est vendeur politiquement de basher sur les plus vulnérables de notre société. Je ne comprends pas trop cet acharnement. C'est comme s'il fallait lutter contre la tentation du B.S., alors que je rappelle que l'aide sociale est une prestation qui assure le strict minimum. Je suis convaincu que ce n'est pas plaisant d'avoir recours à ce programme. Non seulement ce n'est pas suffisant pour vivre décemment, mais il faut de plus endurer les insultes qui viennent avec.
On me répondra que la proposition adéquiste ne vise que ceux qui sont aptes à travailler. Faudrait savoir ce que cela signifie. Si plusieurs sont physiquement aptes à travailler, ce n'est pas clair qu'ils le sont mentalement. Ce n'est pas toutes les sortes de dépressions qui sont diagnostiquées / diagnostiquables. Je me souviens que lorsque je travaillais dans une caisse populaire à échanger des chèques de B.S. les premiers de chaque mois, je me disais souvent que telle personne ne pourrait jamais travailler tant elle avait peu d'habiletés sociales.
Mais revenons à l'emploi qui consiste à flipper des hamburgers. Vous me direz que même la personne qui a les plus faibles habiletés sociales est au moins capable de flipper des hamburgers. Ouin. Les adéquistes de ce monde diront que c'est inacceptable qu'une foule d'employeurs ne réussissent pas à combler des postes au salaire minimum et plus alors qu'une horde de parasites restent chez eux à manger du Kraft Dinner. La logique adéquiste dénonce que le B.S. soit plus intéressant que le travail au salaire minimum, d'où la prétendue nécessité d'adopter l'approche coercitive pour forcer les paresseux à travailler. Renversons le raisonnement. Est-il normal qu'un emploi, peu importe lequel, soit moins intéressant que le strict minimum pour vivre? N'y aurait-il pas lieu de faire en sorte que le travail soit intéressant pour tout le monde, même pour la pauvre personne qui doit flipper chaque jour de sa misérable existence des hamburgers? Pensez à ça la prochaine fois que vous prendrez une bouchée chez Harvey's.
Pour ceux qui carburent aux argumentations pragmatiques, j'aimerais vous rappeler que l'aide sociale sans restriction a une fonction sociale. Elle est nécessaire à la sécurité publique. Eh oui, imaginez ce qu'il arriverait de toutes ces personnes qui ne recevraient plus de chèques après 4 ans de prestations. Vous pensez qu'elles se chercheront docilement un emploi? C'est tellement facile quand on a juste «B.S. de père en fils» sur notre curriculum vitae... Non, ces personnes commettront des crimes dont le coût sera drôlement plus élevé que les prestations qu'on aura sauvées.
Au-delà du pragmatisme, il y a aussi quelque chose que nous appelons la compassion. Dans une société, tout le monde doit faire sa part, c'est vrai. Mais sommes-nous encore une société quand on laisse des gens vulnérables crever de faim? Moi je veux qu'il reste au moins une possibilité de tendre une main et que ça soit toute la société qui réponde via l'aide sociale plutôt qu'un passant qui lance quelques sous dans un chapeau.
11 novembre 2007
Adéquistes, qui êtes-vous?
On ne peut plus se cacher la réalité, l'Action démagogique du Québec est là pour rester. Alors, tentons de mieux la comprendre. Jusqu'à maintenant, la plupart des analyses sur ce parti se penchait sur Mario Dumont, le chef qui nous livre depuis plusieurs années un one man show. Vous me direz, ce n'est pas juste, Mario Dumont n'est plus tout seul. Ah oui, il y a l'ancien président moustachu du Conseil du patronat. Sexy! Ah oui, il y a aussi maintenant une horde de députés qui occupaient jadis des fonctions aussi impressionnantes que vendeur de voitures usagées ou gérante d'un IGA. Toujours est-il qu'on a tellement scruté le phénomène Mario qu'il est peut-être temps de discuter de ceux qui votent pour l'homme ou le parti et j'ai nommé, les adéquistes eux-mêmes.
Il y a très peu de temps, je pensais qu'il y avait deux types d'adéquistes: ceux qui sont résolument de droite (les lucides?) et les épais qui ne comprennent rien à la politique. Ces épais ne savent rien des idées défendues par Mario Dumont, mais ils apprécient le style du politicien. Il paraît qu'il parle «vrai» et qu'il soulève les vrais enjeux du vrai monde dans une vraie langue vraie. Ce côté «vrai» plaît à la masse qui ne s'intéresse à la politique qu'à la condition que ça soit un divertissement.
Hier, j'ai invité à souper deux bons amis du 450. Deux bons péquistes. Un des deux est devenu comptable et je m'étais presque fait à l'idée qu'il deviendrait sous peu libéral. La mâchoire m'a décroché (en laissant apparaître un délicieux fromage de type raclette) quand j'ai appris que les deux avaient voté ADQ à la dernière élection et qu'ils récidiveraient. Moi qui croyais que le 450 reviendrait à la raison à la prochaine élection, ai-je répondu. Non, paraît-il, d'où le présent article.
Je me suis mis à cuisiner mes invités. C'est là que j'ai découvert un troisième type d'adéquistes. Un troisième type qui m'a un peu réconcilié avec la vie. Ce troisième type veut appuyer sur l'accélérateur politique du Québec. Il trouve que cette province est sclérosée et qu'il est pertinent d'avoir un parti comme l'ADQ pour brasser la cage des élus. Il ne veut pas nécessairement que Mario Dumont forme le gouvernement, mais il apprécie son rôle de trouble-fête. Il est souvent un souverainiste déçu qui sent que le PQ n'est pas (plus?) en mesure de faire changer radicalement le Québec par son projet de pays.
Alors, si on résume, à l'ADQ, il y a des conservateurs, des épais et des désillusionnés en manque d'espoir. Ça commence à faire du monde ça! Le problème, c'est que dans cette marmite adéquiste, les conservateurs imposeront (pas dans le sens des impôts, je vous rassure) toujours leur ordre du jour. En effet, devant des épais qui ne demandent rien d'autre que des beaux slogans et des désillusionnés qui sont prêts à accepter de tester un paquet d'idées au nom d'un combat contre l'immobilisme québécois, les conservateurs ont la voie libre, celle de la droite.
02 octobre 2007
Nouvelle orthographe et conservatisme
Vous avez sûrement entendu parler de la nouvelle orthographe. Récemment, de nombreuses rectifications à la langue française ont été approuvées par l'Office québécois de la langue française. Le but de cette réforme est de corriger certaines anomalies du français à l'écrit. Par exemple, l'accent circonflexe disparait (comme ici!) sur les «i» et les «u». Ou encore, «oignon» devient «ognon». Nous serions présentement en période de transition. Cela veut dire que les graphies traditionnelles peuvent (encore) cohabiter avec les nouvelles. Le pari est que le virage va se prendre tout en douceur.
Les changements n'enlèvent rien à la beauté de la langue française tout en la simplifiant à l'écrit. Mais qui pourrait être contre la vertu? Des veilles croûtes (on remarque que je maintiens l'accent circonflexe sur le «u») comme moi.
Eh oui, j'ai travaillé fort pour maîtriser la complexité de la langue française. Maintenant, même si je n'ai plus beaucoup d'efforts à faire en la matière, je détiens, selon moi, un grand pouvoir. Exceller en français est très payant à l'école ou au travail, car c'est une denrée rare.
La venue de la nouvelle orthographe (qui reste à confirmer) est donc une bonne façon de comprendre le conservatisme. Quand on détient un pouvoir qui ne demande pas un déploiement d'énergie important, on préfère que les choses ne changent pas. Si le système nous favorise, pourquoi serions-nous tenter de le révolutionner? La preuve? Je parierais un petit 5$ que ceux qui ne sont pas bons en français ou qui sont en train d'apprendre à l'écrire voient d'un bon oeil la réforme. Ça va autant de soi que le fait que les pauvres et les jeunes soient de gauche.
25 septembre 2007
Parentalité: ni vertu ni tare
Ce texte vient en partie répondre à une montée de lait solide qu'a faite Regard urbain à propos d'un discours de plus en plus présent qui valorise les parents tout en dénigrant ceux qui n'ont pas d'enfants. Moi aussi, ça m'écoeure. Que ce soit à la télé ou sur la rue, on sent un ressac conservateur qui élève au-dessus de tout la parentalité. C'est comme si, par magie, le fait d'avoir mis un pénis dans un vagin devenait un exploit. Le bébé qui suit neuf mois plus tard semble accorder une supériorité morale aux parents et une connaissance privilégiée des choses importantes de la vie.
Argument de la supériorité morale: ceux qui décident d'avoir un enfant font le bon choix. Ce sont des personnes qui contribuent à la société, qui ont un but dans la vie. Ils travaillent fortement, ils ne sont pas égoïstes, ils ont des valeurs. Les autres? Errance, égoïsme, incomplétude. Les femmes qui n'ont pas accouché ne sont pas de vraies femmes. Je dénonce cet argument.
Argument de la connaissance: nous entendons souvent des «en tant que parent», «depuis que j'ai des enfants» ou «tu comprendras quand tu auras des enfants». C'est comme si le fait d'avoir des enfants faisait comprendre le vrai sens de la vie. Comme si on devenait plus compétent avec le vivant. Je dénonce également cet argument.
Bref, jusqu'à maintenant, j'adopte la même ligne de pensée que Regard urbain. Là où je prends mes distances, c'est dans la contre-attaque. Dans un élan de provocation, ce cher Regard a tenté de montrer que ceux qui n'ont pas d'enfants ont une meilleure perspective sur les choses que ceux qui ont, et je cite, «le nez collé dans les couches pleines de crottes». Je comprends la démarche de Regard: dans un monde où la famille est tellement valorisée, il faut parfois user d'un peu de mauvaise foi pour se faire entendre. Néanmoins, j'aimerais de mon côté affirmer ma conviction profonde: les parents ne sont ni meilleurs ni pires que ceux qui n'ont pas d'enfants. Nous avons là deux choix de vie différents qui mènent à des endroits différents.
À l'argument de la supériorité morale, je réponds qu'il est possible de s'épanouir dans la vie sans avoir de progéniture. Il y a toujours une foule de manières de contribuer à la société. Et à l'argument de la connaissance, je dis que les «en tant que parent» ne m'impressionnent pas. Si je n'ai pas la chance d'expérimenter l'art d'élever des enfants, je suis convaincu que mon recul par rapport à la chose peut être utile dans un débat. Au pire, rappelons-nous que nous avons tous déjà été des enfants.
Je dénonce donc fermement la querelle stérile qui est en train de se dessiner entre les parents supposément vertueux et les non-parents supposément égoïstes. Avoir un enfant n'est pas un exploit, c'est un choix. Ne pas avoir d'enfants n'est pas un vice, c'est une autre voie. Je ne veux plus que mes amies ressentent une pression épouvantable les poussant à une maternité incontournable. Je veux qu'elles deviennent mères seulement si c'est leur choix. Et je veux pouvoir continuer à me sentir un citoyen à part entière, qui a encore son mot à dire, même si je ne mets pas au monde un joli poupon.
06 juillet 2007
Limites de vitesse: des règlements de polichinelle
Julie Boulet, notre Ministre des transports, vient de verser quelques larmes sur les trop nombreux décès de la route au Québec. Trois grands coupables sont identifiés: alcool, cellulaire et vitesse. Le premier, ça fait longtemps qu'il a été identifié et il fait consensus comme on dit. Le deuxième va sûrement faire plus de vagues. Je ne possède pas de cellulaire, mais je suis certain que ça doit être pratique de régler certaines affaires au téléphone sur un pont congestionné. Mais bien franchement, c'est du troisième dont j'aimerais discuter ici. La vitesse.
Est-ce qu'on s'entend pour dire qu'il n'y a pas beaucoup de conducteurs qui se préoccupent vraiment des limites de vitesse? Bah, on s'en préoccupe dans la mesure où il pourrait bien y avoir une police qui traîne ici et là. Ce que je veux dire, c'est que la plupart des gens ne respectent pas les limites de vitesse. Et quand j'utilise le verbe «respecter», c'est dans le sens d'avoir du respect pour les règlements. Pourquoi respecterions-nous des règlements ridicules? Nous les trouvons ridicules quand la limite est fixée à 100 KM/heure et que notre voiture est fabriquée pour rouler à 200. Nous les trouvons ridicules quand la limite est fixée à 70 KM/heure sur une autoroute à trois voies (une partie du Métropolitain, la 25, etc.) et nous les trouvons encore plus ridicules quand les urbains que nous sommes se plaisent à rouler à 120 KM/heure (soit 50 KM/heure au-dessus de la limite permise) sans aucune conséquence. D'ailleurs, quand je fais des voyages en voiture aux USA, je trouve ça toujours drôle de constater que lorsque nous passons d'un milieu rural à un milieu urbain, les limites de vitesse baissent alors que la vitesse moyenne des véhicules augmente! Vous remarquerez, c'est fascinant! Avez-vous une explication à proposer?
Tout ça pour dire que nous avons des règlements de polichinelle. C'est l'expression que je viens de trouver pour décrire la situation: tout le monde sait que personne ne respecte (dans le sens de respect) les règlements et nous acceptons d'être punis de temps en temps. Il me semble que nous avons l'air d'une bande d'adolescents attardés! Roulons vite et essayons de ne pas être surpris par le directeur d'école! Voyons donc! Il est temps de réaliser que nous sommes en démocratie et que si personne ne veut des règlements actuels, eh bien, on peut les changer! Mais attention, loin de moi l'idée de proposer de libéraliser la route pour qu'elle devienne une jungle où s'amuseraient les garçons de Laval! Je propose plutôt que nous fixions une limite que la majorité trouverait raisonnable (115, 120, 130?) et que nous limitions la puissance de tous les moteurs sauf ceux des services de santé et de sécurité. En espérant que notre propension à en vouloir toujours plus ne se manifeste pas, je crois que nous pourrons ainsi enfin respecter nos règlements.
01 mars 2007
À bas la démocratie!
Qui ose remettre en cause la démocratie? Moi! Enfin, pas tout à fait, vous verrez. C'est juste qu'en regardant certains reportages ou en écoutant certaines conversations de la rue, il m'arrive de me frustrer du fait que très peu de monde se soucie vraiment de la campagne électorale. On entend: «ah, ce sont tous des menteurs, moi je ne suis pas ça la politique». À la rigueur, je pourrais regarder de haut ces gens et ne plus m'en faire. Et bien non, il y a un autre enjeu...
Le gros problème, c'est que ces mêmes personnes qui disent que les politiciens sont des mangeurs de marde vont s'entêter à aller voter quand même. On entend: «il faut bien aller faire son devoir de citoyen». Je m'excuse, mais quand tu vas voter et que tu ne connais rien à la politique, tu ne fais pas ton devoir de citoyen, tu nuis à la démocratie.
Moi, je suis un passionné de la politique. Je lis tout, j'écoute tout. Je connais tous les enjeux de l'élection. Du moins, je cherche à les comprendre. Pendant ce temps, il y a beaucoup de gens bien intentionnés qui vont voter selon la face du gars ou de la fille sur la photo du poteau d'en face.
Je suis tellement écoeuré de cette démocratie de façade que j'aimerais qu'on fasse passer un test aux électeurs avant de voter. En bas d'un certain score, la personne serait disqualifiée de son droit de vote. Cette façon de voter est-elle élitiste? Absolument. Je suis pour l'élitocratie!
Que l'on se comprenne bien, ce n'est pas parce que je veux que tout le monde pense comme moi. C'est plutôt que (remarquez la nuance qui est toute dans la ponctuation), je veux que tout le monde pense, comme moi!
20 février 2007
Frais de scolarité: gel ou dégel?
Dans l'idéal, il ne devrait pas y avoir de frais de scolarité. Tout comme les soins de santé, ils ne devraient pas s'inscrire dans un rapport marchand. Or, probablement parce que l'accès à l'université demeure une option non indispensable à l'épanouissement d'un individu, notre société s'entête à faire payer aux étudiants leurs études supérieures.
Si on accepte un tel état de fait, il faut alors se prononcer sur un enjeu qui occupera sûrement une place importante dans les élections à venir au Québec: doit-on oui ou non dégeler les frais de scolarité? Le Parti québécois est pour le maintien du gel et (surprise, surprise!) l'ADQ et le Parti libéral sont en faveur d'un important rattrapage.
Quant à moi, si je pars du principe que l'école demeurera pour longtemps dans un rapport marchand, ces positions ne me conviennent pas. D'une part, l'option péquiste rend insoutenables les pressions budgétaires que subissent les universités (parce que les gouvernements ont fermé les robinets, c'est un choix politique). D'autre part, les augmentations sauvages proposées par les Libéraux et les Adéquistes me semblent déraisonnables et injustes pour les étudiants qui commenceront l'année prochaine leur scolarité universitaire. Je crois qu'il y aurait lieu d'adopter une mesure mitoyenne. Dans les circonstances actuelles (c'est-à-dire pas d'espoir que les études s'inscrivent en dehors du rapport marchand), je crois que l'indexation des frais de scolarité au coût de la vie s'avère raisonnable.
Et tant qu'à réfléchir dans une logique capitaliste, pourquoi ne pas penser à moduler les frais de scolarité selon les besoins économiques de la société? Cela voudrait dire que les étudiants en science sociale (philosophie, science politique, littérature, sociologie, etc.) devraient payer davantage que des étudiants qui s'inscrivent dans des programmes «rentables» (comptabilité, enseignement, santé, etc.) sous prétexte que les premiers auront fait un choix personnel et non professionnel. En passant, je n'ai pas dit que j'étais pour ça... L'êtes-vous?
27 janvier 2007
Prostitution: pour en finir avec le stigmate de la putain
L'affaire Pickton qui se déroule en Colombie-britannique porte à réfléchir sur la condition des prostituées. Des groupes comme Stella (organisme militant composé de travailleuses du sexe) profitent de l'occasion pour relancer le débat sur la légalisation / décriminalisation de la prostitution. Selon Stella, emprunter cette voie serait une façon d'atténuer les nombreux risques que comporte le plus vieux métier du monde.
Je suis personnellement très sympathique à la cause de Stella et c'est pourquoi j'ai décidé de vous faire valoir son point de vue hautement controversé. Stella problématise la prostitution en tant que métier dont la seule différence par rapport aux autres professions est qu'il n'est reconnu ni socialement ni légalement.
Les hypothèses mises de l'avant par Stella: en partant de l'idée que la prostitution continuera d'exister peu importe les luttes livrées par les féministes abolitionnistes (celles qui veulent faire disparaître la prostitution) et par la sphère judiciaire, Stella oriente le débat contre la stigmatisation des travailleuses du sexe et contre le climat d'insécurité qu'elles subissent. Que ce soit aux plans des normes de santé et de sécurité au travail, des actes criminels ou des demandes d'indemnisation, cette marginalisation a pour conséquence de créer de nombreux problèmes. Par exemple, une travailleuse du sexe aura beaucoup de difficulté à changer sa trajectoire professionnelle si elle a un dossier criminel.
Pour bien comprendre les enjeux, pensons au débat entourant la décriminalisation de certaines drogues. La consommation de ces substances n'est peut-être pas très morale, mais puisqu'elle risque de ne jamais disparaître, il est d'un point de vue pragmatique légitime de tenter de contrôler les effets pervers du marché noir en la légalisant. Par exemple, on pourrait vérifier la qualité des drogues vendues et empêcher ainsi plusieurs décès. Le même raisonnement s'applique pour la prostitution: il faut considérer qu'elle est là pour rester et que sa légitimation n'aidera qu'à atténuer le stigmate de la putain. Nous sommes loin de la pensée féministe abolitionniste qui se complaît dans sa vertu et dans ses voeux pieux en n'aidant personne.
Bref, Stella déplore que les prostituées soient traitées comme des mineures. Ce traitement dénigrant les rend vulnérables et elles se retrouvent ainsi encore plus marginalisées. Selon ce groupe de défense, nous sommes présentement dans un véritable cercle vicieux que nous pourrions briser en élargissant les perspectives féministes. Il s'agirait de reconnaître de nouveaux sujets politiques, c'est-à-dire des agents sociaux jusqu'alors ignorés qui réclameraient désormais le droit à la citoyenneté. Cela implique d'accepter que les travailleuses du sexe puissent participer de façon pleine et entière à la société. Évidemment, l'arrivée de ces nouveaux sujets politiques est hautement contestée, particulièrement par les féministes abolitionnistes.
Stella s'oppose à la vision binaire des féministes abolitionnistes pour lesquelles il n'existe apparemment que les bonnes et les mauvaises femmes. Pour Stella, la prostituée n'est pas nécessairement une victime, elle peut être une personne libre qui fait ses choix. Stella est contre l'attitude moralisatrice et essentialiste du féminisme abolitionniste par rapport à la sexualité. En effet, sur le plan des rapports sexuels, Stella ne croit pas que les hommes ne sont fondamentalement que des brutes dont les femmes seraient les victimes. Pour le groupe, croire que vendre des services sexuels abaisse la femme relève d'un postulat misogyne. Un tel postulat suppose que l'identité féminine repose sur la sexualité. Ainsi, les féministes abolitionnistes finissent pas propager l'idée que ce qui définit d'abord la femme, ce qui constitue le coeur de son intimité, c'est sa sexualité. Cette interprétation de la sexualité, combinée à l'effet pervers du stigmate de la putain, fait en sorte que la travailleuse du sexe devient une victime. Elle est le symbole même de la femme exploitée. C'est alors que les féministes abolitionnistes se sentent investies de la mission de venir sauver les pauvres victimes alors que cette intervention ne fait qu'accentuer la stigmatisation sociale.
Les propositions d'action de Stella: d'abord, il faut adopter le concept du travail du sexe. Cela veut dire de voir la prostitution comme un travail et ainsi mettre de côté les préjugés et le moralisme qui perpétuent le stigmate de la putain. Ensuite, il faut décriminaliser la prostitution. Un changement législatif donnerait un signal clair que les prostituées ne doivent plus être considérées comme des citoyennes de seconde zone. Surtout, cela permettrait de lutter plus efficacement contre les abus de toutes sortes.
Deux questions provocatrices pour susciter le débat
Le rôle de la sexualité dans l'identité féminine: je crois que la pensée de Stella est une avancée, car on refuse de voir la sexualité comme le coeur de l'identité féminine. D'ailleurs, Gail Pheterson croit que le stigmate de la putain est un instrument de contrôle sexiste. C'est comme si les féministes abolitionnistes disaient que les femmes ne sont pas assez autonomes pour décider de ce qu'elles font avec leur corps. Avez-vous remarqué que personne ne se scandalise du fait que des hommes se prostituent? On ne se choque pas, car ce ne sont pas des victimes. Pour les hommes, c'est un choix, tandis que pour les femmes, c'est une violence faite à leur corps sacré. Ce double standard a-t-il lieu d'être? La sexualité est-elle au coeur de l'identité féminine? Si ce n'est pas le cas, pourquoi alors s'en faire avec la prostitution?
La honte de vendre des services sexuels: les féministes abolitionnistes croient qu'il n'y a rien de plus dégradant que de vendre sa sexualité. Mais, entre vendre sa sexualité et vendre ses capacités intellectuelles (exemple: les professeurs), qu'est-ce qui est le plus intime? La prostitution est un travail comme un autre, c'est-à-dire une exploitation. Là où un problème semble se poser du côté des féministes abolitionnistes, c'est le fait que le rapport marchand s'effectue au plan sexuel. Mais en quoi est-ce plus déshonorant de vendre sa sexualité que de vendre sa force physique ou mentale? Rendons à l'évidence: le monde du travail n'est qu'exploitation. Si l'aspect qui nous dérange dans la prostitution est l'exploitation qui y est pratiquée, on devrait en fait s'attaquer au monde du travail au complet, voire au capitalisme. La prostitution n'est qu'un cas d'exploitation parmi tant d'autres. Dois-je rappeler que la société capitaliste dans laquelle nous vivons est basée sur l'exploitation? Assumons-nous!





