Vecteur

Vecteur: ce qui véhicule, transmet quelque chose. Dans ce webzine décapant, il y aura régulièrement de nouvelles chroniques qui porteront autant sur les petits riens que sur les grands enjeux qui traversent ma vie et ma société.

22 octobre 2009

Au nom de tous les miens

ghetto_varsovieJe suis né alors que nous ne parlions plus vraiment de ce qui c'était passé lors de la seconde Guerre mondiale. Je me souviens même d'avoir entendu souvent l'expression «je m'en fous comme l'an quarante». Et pourtant, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, c'est tout comme si j'étais né à la même époque.

J'ai eu pas mal de cours à l'université sur le sujet et nous avons abordé les enjeux, expliqué l'humiliation de l'Allemagne et sa volonté de croissance, comparé les forces en présence et évoqué l'horreur des camps d'extermination des Juifs.

Mon enfance, mon adolescence et mon âge adulte ont été peuplés de films et de documentaires sur le sujet. La vie est belle, bien entendu, La liste de Schindler et, il y a longtemps, Au nom de tous les miens. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai été marqué par ces films, parce que je suis allé en Allemagne cet été et que j'ai visité un quartier général de la Gestapo ou parce que j'ai lu dernièrement Le rapport de Brodeck, mais j'avais le goût d'aller plus loin dans cette visite de l'enfer, je voulais sonder ce qu'il y a de plus laid chez l'homme, je voulais comprendre ce que veulent dire les plus anciens lorsqu'ils supplient de ne pas oublier.

J'ai choisi d'y aller avec une autobiographie et pas n'importe quelle. Au nom de tous les miens de Martin Gray. C'est magnifiquement écrit. Ça fait longtemps qu'un auteur n'a pas réussi à autant me faire vibrer. Aucun détail n'est épargné. La réalité crue. Les formules qui choquent.

Martin Gray est un survivant. Il a tout vécu. C'est comme s'il avait eu une centaine de vies. Plus il avance dans son récit, plus il réussit à se convaincre lui-même de la nécessité de survivre. Il s'est donné comme mission de tout raconter. Et sa voix est tout ce qu'il reste des milliers de personnes, les siens, qu'il a vues mourir en tant qu'objet dénué de valeur aux yeux des bourreaux.

Tout ça force à réfléchir. On a beau essayer de contextualiser les crimes, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'une cicatrice énorme dans notre histoire. Nous pensions que les barbares étaient morts depuis longtemps, mais en fait, nous avons découvert que l'homme pouvait être bien pire ça. C'est une chose d'être un animal et d'exercer la violence au hasard. C'en est une autre d'organiser la violence, de l'industrialiser comme l'ont fait les Allemands. Oui, l'homme, cet être rationnel, a montré que sa faculté de réfléchir mène à bien pire que la loi de la jungle.

Difficile de faire des parallèles qui tiennent la route. Impossible peut-être. Mais le courage de Martin Gray m'interpelle beaucoup. Il me fait réfléchir à mon petit confort. Il me fait également réfléchir aux miens. Lui, il a tout fait pour s'occuper des siens. Il a mis sa vie en danger à plusieurs reprises, alors qu'il n'était pas obligé. Et les miens, qui sont ostracisés à l'école ou même tués dans certains pays juste parce qu'ils aiment autrement, que fais-je pour eux? Rien. J'ai décidé de vivre tranquillement. J'ai pris ma retraite du combat et je n'en suis pas fier. En fait, après avoir lu ce livre, je peux dire que ne suis pas fier de l'humanité entière. Notre civilisation n'est rien au fond, parce que tous nos beaux principes peuvent s'envoler très rapidement et nous ramener à notre état animal et même sous-animal. 

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04 octobre 2009

I Love

Il y a un renouveau chez moi.

Longtemps, très longtemps, les enfants m'énervaient au plus haut point. Au mieux, c'était l'indifférence. Évidemment, quand ma soeur a eu des enfants et que j'ai été nommé parrain il y a douze ans, je les ai aimés d'office. Mais à cause de l'éloignement géographique et surtout parce que je n'étais pas rendu là dans ma vie, mon rôle a toujours été très limité envers eux.

Je me suis repris hier. J'ai décidé d'inviter pour sa fête mon filleul au rallye automobile auquel je participe annuellement. Je me suis installé avec lui à l'arrière de la voiture et ensemble, nous formions une équipe. Nous étions responsables du temps, des archives et des réponses aux questions. Selon la Marquise, autrement nommée la queen du rallye, il s'agit là d'un rôle essentiel. Je crois qu'il a bien aimé. Une preuve? Un moment donné, il fallait identifier ce qui se retrouvait perché au sommet d'un toit rouge situé de l'autre côté de la rivière. Dans la liste des items à apporter pour le rallye se trouvaient des jumelles. Bon, j'avoue que je suis allé en acheter chez Dollarama. Pour 1$... Évidemment, ça ne valait pas de la schnoute. On ne voyait rien. Qu'à cela ne tienne, sans que je ne le demande, mon petit soldat a enjambé le ravin et s'est mis à courir comme un perdu dans l'immense champ qui nous séparait de la rivière pour qu'il se rapproche le plus possible dudit toit rouge. J'ai même eu peur quelques secondes quand il est disparu de mon champ de vision. Mais il a fini par apparaître à l'horizon. Mon coeur s'est fendu quand il est revenu et qu'il a déclaré «j'ai tout essayé, mais les jumelles ne sont pas assez bonnes, je ne vois rien». Hon...

Mais on s'est bien amusé ensemble. Je suis content de notre journée. Je me souviens du bon moment où nous avons dû jouer à un immense jeu de serpents et échelles avec des indications codées sur le questionnaire. Il était fou de joie. Bon, un autre membre de l'équipage a fini par nous dire que nous nous étions trompés dans nos calculs, mais ce n'était pas grave. Et que dire de la soirée où on dévoilait les résultats et le classement? Nous avions plusieurs bonnes réponses, mais j'ai senti que j'avais peut-être eu une défaillance dans la gestion du temps. Problème: quand j'ai invité mon filleul à la compétition, je lui ai vanté le tout en lui disant qu'on finirait premiers... Alors, j'ai travaillé fort pour diminuer les attentes. C'était quand même bien de pouvoir jubiler ensemble jusqu'au moment où ils ont annoncé la 12e position, la nôtre. Mais il n'était pas si déçu. J'ai eu ma récompense quand il m'a répondu: «on se reprendra l'année prochaine».

C'est pour que ça que je disais plus tôt que je ressentais un renouveau chez moi dans ma fibre «monclelle». Mais il y a plus.

Il y a d'abord eu la naissance de ma seconde filleule, fille vénérable de la Marquise. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais j'avais décrit ici sur Vecteur mon coup de foudre pour elle.

Puis, il y a maintenant ma charlotte aux fraises dont je suis officiellement le vice-fée parraine. Je n'ai jamais vu aussi souvent un bébé de ma vie. Et savez-vous quoi? Je m'y attache pour vrai. Ce que j'aime par-dessus tout, c'est que mon amie K me laisse de la place. La minute où je franchis la porte, elle me sacre le bébé dans les bras. J'exagère à peine. J'ai même eu à changer la couche et à donner le biberon. Je me trouve pas mal bon. Ma spécialité? La calmer de ses pleurs. Je la promène partout, je lui chante des chansons ridicules et elle aime ça. Dès que je tente de m'asseoir because bras morts, elle se remet à hurler. Alors je me lève et je lui chante de tout mon coeur «I just call to say, I love you». Elle adore. Surtout quand je vais chercher des notes graves.

Vendredi passé, K avait l'air fatiguée plus que jamais. Je n'arrivais plus à distinguer ma greluche derrière les cernes. Prince V aussi. C'est alors que je leur ai dit qu'ils pouvaient aller se coucher et que fée-parraine et moi, on allait s'occuper de tout. On a réussi à préserver le calme dans la maison pendant une bonne heure. J'étais tellement content de pouvoir faire ça pour mes amis. Quand j'ai vu qu'elle commençait à sortir la langue, j'ai même tenté de préparer un biberon. Une chance que K s'est levée, car j'avais oublié de mettre le fond du biberon. Elle qui prend tellement de temps à se traire... Je m'en serais voulu énormément.

Oui, je découvre vraiment une nouvelle fibre en moi. Je ne sais pas encore exactement ce que ça signifie, mais je sens que je me rapproche de plus en plus de ce concept de «famille élargie, famille de choix» dont me parlait K.

I love.

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02 octobre 2009

Bonne fête maison

Ça fait un an que je suis déménagé. Ah! comme le recul se fait vite. J'ai tout oublié des problèmes. Je me souviens que j'avais peur du déracinement. J'avais peur de perdre mon chez-moi, ce sanctuaire qui apparaît comme un pilier de la vie.

Le concept de chez-soi est-il vraiment aussi important que l'on pense?

C'est quand on déménage que nous voyons que ce n'est pas le matériel (ses murs) qui font le chez-soi, mais c'est plutôt quelque chose d'immatériel comme ce sentiment d'être à l'abri qui fabrique l'impression d'avoir un espace protégé.

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