Vecteur

Vecteur: ce qui véhicule, transmet quelque chose. Dans ce webzine décapant, il y aura régulièrement de nouvelles chroniques qui porteront autant sur les petits riens que sur les grands enjeux qui traversent ma vie et ma société.

18 février 2008

Élitisme mal placé

ph_inv_20080217_sergio_kokisHier, à Tout le monde applaudit, l'auteur Sergio Kokis est venu chier sur le Québec. Il a chié sur la Commission Bouchard-Taylor et sur l'état de la langue au Québec. Dans les deux cas, j'ai trouvé son élitisme mal placé.

Sur la Commission Bouchard-Taylor, Kokis reprend le point de vue répandu (que je partage par moments) selon lequel il fut idiot de laisser le large public s'exprimer. Il aurait fallu confier ce débat aux intellectuels, ceux qui savent réfléchir sur des enjeux aussi complexes. C'est vrai que ça prend des intellectuels pour orienter les débats. Mais un coup qu'on a choisi de vivre en démocratie, il devient incohérent de censurer la populace. La Commission Bouchard-Taylor aura au moins eu le mérite d'être un formidable exercice démocratique. Dé-mo-cra-tie, c'est un mot qui vous dit quelque chose monsieur Kokis, vous qui êtes supposément si bon en français? Bien que j'aie été moi-même très critique envers la pertinence de la Commission Bouchard-Taylor, je crois qu'il est maintenant sage d'attendre les conclusions du rapport à venir, qui sera écrit par de grands intellectuels, pour évaluer si c'était valable de laisser parler Paulette du boulevard Greber de Gatineau.

Sur l'état de la langue au Québec, Kokis se plaint de la mauvaise qualité du français parlé. Il dit que les immigrants finissent par mieux parler français que les Québécois eux-mêmes. Ils jugent que les Québécois refusent obstinément de prendre exemple sur la parfaite France, ce pays où l'immobilité sociale est reconnue. Kokis n'a rien compris. Il n'a pas compris que le Québec a réussi à se donner une langue orale vivante qui reflète l'état d'âme d'une nation particulière: une nation où les rapports humains n'ont pas à subir les distances stériles créées par l'élitisme. Notre syntaxe n'est peut-être pas toujours parfaite, mais nous vivons! Et à ce que je sache, nous nous en tirons pas mal! Je ne voudrais pas vivre ailleurs qu'au Québec, là où il fait bon vivre et là où il est possible de s'exprimer sur la place publique sans avoir complété un doctorat. 

Posté par Vecteur à 18:56 - Enjeux sociaux - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Beurk!

Moi aussi il m'a fait chier.
Et, dans absolument toutes ses interventions.
Je crois qu'on accepte trop d'immigrants.
Est-on obligé

Posté par MèRU, 19 février 2008 à 08:19

re Beurk!

(suite !)
d'endurer ça.

Je propose une procédure de retour de la "marchandise importée" quand elle est chiante...

Posté par MèRU, 19 février 2008 à 08:24

Complémentarité

J'ai écris un texte sur son passage à TLMEP et j'ai reçu ce commentaire d'un prénommé Cyril Zabana, qui illustre bien une espèce de revanche des immigrants, que je trouve tellement dommage :

"Bonjour
M. Kokis n’a fait que dire ce que la majorité des étrangers pensent tout bas…Oui, la qualité du français au Québec est déplorable…comme l’instruction d’ailleurs. Il n’y a pas de mal à la reconnaître…même «si on vient de loin» comme disait Pauline Marois. À moins qu’une communauté est exempte de défauts. Ce qui est impossible. Avez-vous déjà entendu Jodie Foster parler en français?
Il y a un fait indéniable; ceux qui protègent la langue française au Québec sont ceux qui viennent d’ailleurs. N’essayez pas de me convaincre du contraire."

Et ce, malgré le fait que j'explique dans mon texte qu'il faut prendre en considération l'histoire du Québec et la simple mécanique d'apprentissage de la langue, par mimétisme...

Le parallèle avec les conneries qu'ont pu sortir les Québécois de souche canadienne-française au sujet des immigrants est flagrant!

Pour mon texte, c'est ici:

http://renartleveille.wordpress.com/2008/02/18/taper-sur-les-doigts-du-joual-lerreur-de-sergio-kokis/

Posté par Renart L'éveillé, 19 février 2008 à 14:36

Bon, cette fois je dois m'expliquer sur ce point.

Je tiens à vous signaler qu'il n'y a dans mon amour de la langue française ni chauvinisme, ni élitisme, ni esprit revanchard comme disaient certains. En outre, je ne suis ni un francophile ni un disciple de Denise Bombardier.

Pourquoi cette tendance à trop vouloir flatter les Québécois dans le sens du poil? Sont-ils des êtres parfaits? À moins d'admettre qu'il existe effectivement sur la planète le miracle d'un peuple exempt de tout défaut, de tout trait négatif, composé d'hommes irréprochables. Ça c'est une mentalité réfractaire.

Attention, je veux être critique mais constructif aussi. Je parle en connaissance de cause. J'ai très bien côtoyé les Québécois pendant presque 14 ans de ma vie. Je me réserve quand même le droit de poser un regard critique sur la société d'accueuil...sans sombrer dans le ''mimétisme'' le plus abject.

Au Québec, parler et écrire bien le français est malheureseument une activité réservée aux ''ringards''. Il n'y a pas de mal à le reconnaître. Au contraire se poser la question c'est déjà un pas vers la lucidité.


Un écrivain du nom de Kateb Yacine disait: «Le français est notre butin de guerre». Alors Mesdames et Messieurs arrêtez de vous offusquer quand il vient le moment de vous critiquer. Votre problème, c'est que vous ne voulez écouter personne.


Il est évident qu'il y a des carences concernant le chapitre linguistique comme celui de l'instruction. Et ces lacunes peuvent être comblées par une immigration francophone. C'est un fait qu'on ne peut occulter....n'en déplaisent à ceux qui prônent le principe de ''La marchandise importée''.


Certains québécois sont compléxés quand ils font face à un étranger qui maîtrise très bien cette langue. Une fois j'ai pris la peine de corriger un collègue québécois qui disait ''les chevals'' (pluriel de cheval c'est chevaux). Je lui expliqué calmement que ''barrer une porte'' c'est carrèment la condamner. Le terme adéquat est: ''fermer une porte''. Cela m'a valut des réprimandes.

Le Québécois moyen accorde peu d'importance à l'orthodoxie de la langue française pour des raisons sociologiques. D'abord le caractère Nord-Américain du Québec: culture fast-food, société de spectacle, insouciance, vie à crédit, le
facteur ''expérience professionnelle'' ou ''savoir-faire'' qui prime sur le fait culturel proprement, puis un populisme poussé à l'extrême et cela même au sein de la classe politique sensée représenter l'élite. Je pourrai parler aussi de tous ces humoristes à deux balles et des conneries qu'on écoute chaque matin sur les stations de radio francophones. Tant de facteurs qui ne contribuent pas à la pérennité ou à l'enrichissement de la langue.

Alors désolé...Moi, je n'ai pas de problème avec la langue française. Je la défend et je la parle à ma manière.

Avec mon respect le plus sincère, en espérant-pour parodier la logique alambiquée des docteurs-que vous me donnerez tort en me donnant raison.

Cyril Zabana

Posté par Cyril Zabana, 26 février 2008 à 22:06

Pas de leçons à recevoir

Monsieur, avant de parler de mentalité réfractaire et dire de nous qu'on ne veut écouter personne, prenez en considération que:

- vous êtes venu affirmer sur le blogue de M. Léveillé que "ceux qui protègent la langue française au Québec sont ceux qui viennent d’ailleurs" ce qui est un insulte à nos efforts historiques et actuels pour conserver notre butin;

- ce butin remonte à une époque où l'Académie française n'existait pas, où le français de la Mère-Patrie n'était même pas solidifié, et a été augmenté de nombreux termes anglophones que nos ancêtres canadiens-français ont francisés;

- la question du terme "chevals" comme pluriel de "cheval" est particulière. Depuis plusieurs années un mythe quant à une réforme récente de la langue française a fait croire, y compris à moi jusqu'à ce soir, que cette orthographe avait été acceptée. Quant à moi, je n'ai jamais l'ai jamais acceptée étant plutôt conservateur en matière de langue;

- peut-être comprendrez-vous mieux par écrit ce que vous n'avez pu entendre en 14 ans d'écoute active des Québécois: "barrer un porte" ça ne veut pas dire "fermer une porte", ça signifie la verrouiller. Ici, au Québec, c'est ce que cela signifie et, pour utiliser votre vocabulaire, n'essayez pas de me convaincre du contraire;

- au Québec, ce qui est ringard c'est de parler "à la française", nuance. Personne ici ne trouve ringard Vigneault ou Félix Leclerc. Et, d'ailleurs, personne n'est ringard ici puisque ce terme est exclus de notre vocabulaire;

- vous avez tout faux quand vous associez l'impatience que vous provoquez chez les Québécois avec vos leçons de français à brûle pour le point: ils ne sont pas complexés, ils sont vexés que vous tentiez de leur imposer votre français métropolitain;

- votre paragraphe sur l'explication sociologique pue l'élitisme et l'ethnocentrisme franco-français qui répugne tant aux Québécois.

Je crois qu'en définitive, en 14 ans, vous vous êtes plus écouté parler que vous avez écouté ces Québécois que vous prétendez connaître.

Dites-moi, depuis quand vos ancêtres Zabana parlent-ils français, Monsieur? Les miens, autant les Beaudin que les Lecours, depuis au moins le 16e siècle.

Posté par M. B. Lecours, 27 février 2008 à 00:30

“ceux qui protègent la langue française au Québec sont ceux qui viennent d’ailleurs”
C’est une évidence. Même des Québécois de souche (je n’aime pas employer les mots ”de souche” ou ”pure laine”…la pureté dans la race n’existe pas) le reconnaissent. À moins que vous vivez sur une notre planète. ”J’ai watché la game” ”Je vais mettre le fuel dans mon tank (ou char)” vous appelez ça du français? Réveillez-vous bon sang! Même René-Daniel Dubois l’avait reconnu et il a eu le courage de le faire…vous êtes figés…C’est ça l’ethnocentrisme.
Je n’ai jamais dit qu’il fallait imiter coute que coute les parisiens ou l’accent ”à la française”. Pardon, nuance. Je ne prête allégeance à aucune métropole. Je parle du français international que l’algérien, le tunisien, le marocain, le belge, le luxembourgeois, le sénégalais, l’ivoirien, le Djiboutiens …toute la francophonie arrivent à comprendre.

Posté par Cyril Zabana, 29 février 2008 à 20:01

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