26 novembre 2007
Déjà vu de Paul Piché: y'a pas grand-chose en science à soir
On l'a appris hier à Tout le monde applaudit, Paul Piché a sorti un essai à prétention scientifique dans lequel il propose une théorie totalisante pour expliquer l'histoire, particulièrement en ce qui a trait aux modes et aux grandes tendances. Le tout est appuyé par une formule algébrique. Oh la la, on ne rit plus, une formule algébrique, rien de moins! Renversant.
Selon ce que j'ai compris, il est possible de tracer des parallèles entre les années qui suivent 1945. Il suffit de ploguer une année dans l'équation magique et le résultat nous réfère à une autre année. Et là, il suffit d'un peu d'imagination pour faire des liens.
Permettez-moi: Bullshit! Ah, ça fait du bien! Non, mais c'est quoi cette affaire-là! C'est n'importe quoi. Il suffit d'avoir un minimum d'esprit critique (que Danny Turcotte avait hier à Tout le monde applaudit) pour savoir qu'un des principes de base de la science est de pouvoir vérifier une hypothèse sur une quantité significative de cas. C'est facile d'émettre des hypothèses, surtout quand on décide comme Paul Piché d'en faire en faisant référence à des faits sociaux, mais encore faut-il passer le test de l'universalité.
Dans son livre Petit cours d'autodéfense intellectuelle (que je vous recommande chaudement), Normand Baillargeon traite de la question dans une section qui me fait immédiatement penser à l'essai de Paul Piché: hallucinations de (supposées) coïncidences numériques. Par exemple, l'auteur raconte que certaines personnes ont montré que le chiffre 11 se retrouve au coeur de tous les faits des attentats du 11 septembre 2001: le code téléphonique de l'Irak est 119, New York City compte 11 lettres, tout comme l'Afghanistan. Manhattan en compte 9, mais ça c'est un détail! Baillargeon écrit: «Il existe en effet un nombre virtuellement infini de choses en lien avec [d]es événements que l'on peut exprimer par des nombres; on en trouvera donc sans mal autant qu'on voudra où se retrouve le même nombre. [...] L'erreur est de sélectionner arbitrairement des récurrences numériques qui n'ont rien d'extraordinaire et de leur attribuer des significations». Page 101
Le cas de Paul Piché est un peu différent, mais il réfère au même genre de procédé. On trouve deux faits de l'histoire dont les dates peuvent concorder avec la logique de la formule algébrique proposée. Et puis on trouve un lien, n'importe lequel. Quand aux données qui ne fonctionnent pas, ou bien on n'a pas la lucidité de les voir (quand on est honnête) ou bien on les balaie sous le tapis (quand on est malhonnête).
Au-delà de cette critique méthodologique, je crois que ça vaut la peine de réfléchir également à ce que nous apporte une telle théorie. En quoi est-ce que ça nous éclaire? Il y a un lien à faire entre telle et telle année. OK, pis après? Quelle est l'utilité? De prédire l'avenir? Quand on y pense deux secondes, on voit bien que ça ne tient pas debout cette théorie-là: pourquoi est-ce que des événements seraient influencés par un chiffre (la date) que les humains ont fixé plus ou moins arbitrairement? Paul Piché parle d'inconscient collectif. Moi je parle d'inconscience individuelle scientifique.
Au fond, l'initiative de Paul Piché n'était pas mauvaise. Il aurait pu traiter des effets de mode ou des cycles événementiels sans avoir recours à une ridicule formule vide de sens. Il s'agit d'un sujet passionnant qui a été clairement mal exploité par Piché. J'aimerais tellement pouvoir vous le prouver par une équation! Mais je ne céderai pas à la tentation.
Commentaires
Minimum d'esprit critique
"Le médium, c'est le message" disait McLuhan, ce prophète des temps modernes. Dans les archives de Radio Canada, on retrouve les théories de ce sociologue qui apercevait le courant social futur, c'est à dire notre espace et notre temps actuel au niveau de notre utilisation des médiums d'informations. Ces documents audio-visuel de radio-canada sont un témoignage sur ce qu'est une théorie dans le temps. Il y a cinquante ans McLuhan anticipait sur le médium médiatique, tout comme les défenseurs de l’environnement du début du siècle anticipant la disparition des espèces animales. Ils avaient bien raison mais ils avaient torts d'avoir raison. Avec le bilan des naissances, nous sommes en mesure d'anticiper les pics de consommations en fonction de l'âge de ces futurs consommateurs. Rien de sorcier. À dix sept ans, on consomme différemment qu’à 27. Ce sont des acquis de recherche dans les différents secteurs financiers. On peut ainsi prévoir presque tout.
C'est mathématique.
"En quoi est-ce que ça nous éclaire? Il y a un lien à faire entre telle et telle année. OK, pis après? Quelle est l'utilité?
"Le médium, c'est le message" disait McLuhan
Une certaine logique des enjeux, comme citoyens pour influencer nos têtes dirigeantes au lieu de subir le conditionnement à la consommation des générations de consommateurs. C'est peut-être un simple outil. Alors le mieux serait de le lire et de critiquer l'ouvrage après, pas avant de l'avoir lu. De plus l'homme ne mérite certainement pas la critique de sa personnalité à moins qu'il ait fait du tort à quelqu'un, ce que je n'ai ni lu, ni entendu à son sujet.
Le "nous" de Marois=(7a x 2b)/4
"On peut ainsi prévoir presque tout"
... sauf les attentats du 11 septembre, le génocide au Rwanda, le tsunami, l'appréciation fulgurante du dollar canadien, l'élection de Stéphane Dion à la chefferie du PLC. Et que dire du célébrissime "bogue de l'an 2000". Tous les experts s'entendaient sur l'avènement de ce terrible fléau numérique et l'on aurait enfermé quiconque eût osé se permettre une dose de scepticisme de bon aloi à cet égard. Et pourtant...
Pour revenir à l'essai ainsi qu'à N. Baillargeon, dans la même section du livre (petit cours d'autodéfense intellectuelle...), il parle de "terrorisme mathématique" et cite le fameux exemple du théorème de Gödel, lequel a été dévoyé à toutes les sauces pour tenter d'expliquer toutes sortes de faits sociaux. Au moins dans ce cas, s'agissait-il d'un travail mathématique sérieux.
Voici ce que le sociologue Andreski, cité par Baillargeon, explique à ce propos:
"Pour accédder à la qualité d'auteur dans ce genre d'entreprise, la recette est aussi simple que payante: prenez un manuel de mathématique, copiez-en les parties les moins compliquées, ajoutez-y quelques références à la littérature traitant d'une ou deux branches des études sociales, sans vous inquiéter outre mesure de savoir si les formules que vous avez notées ont un quelconque rapport avec les actions humaines réelles, et donnez à votre produit un titre bien ronflant qui suggère que vous avez trouvé la clé d'une science exacte du comportement collectif".
tant qua y être, invitez donc Francis Martin
Non mais c'était quoi cette histoire là. Ils invite n'importe qui à Tout le monde en parle. à chaque fois que quelqu'un de connus le moindrement possible, dit, sort où parle de quelque chose. On nous le garoche chez Guy A. pour une bonne petite dose de PR. C'est quoi l'idée. Paul, il devrai rester à la chanson, car pour les théories bizarroïde du type "new age" j'ai déjà vu plus poussé dans des épisodes de X-files. Diable, c'est vraiment n'importe quoi cette émission là. Quand on nous ne sert pas un ancien séparatiste fru-fru qui à toujours une phrase facile et quelques arguments préscolaire du type: "Si on serai déjà un pays tout irai mieux, on aurait guérrit toutes les maladies, il n'y aurait plus de guerre et il pousserait des fleurs partout". Eh, bon, je m'écarte du sujet. Mais pour revenir à Paul et tous ces "gens d'on on ne parle pas tant que ça". J'espère juste qu'on pourrait avoir un petit peu plus de vigeur et arrêter d'écouter toutes les balivernes que quelques illuminés peuvent nous balançer ici et là!
Pour ce qui est de la performance de Danny Turcotte, moi j'ai eu l'impression que sa critique humoristique n'allait pas plus haut que le fait que Paul Piché parlait d'une théorie, donc pas de sa musique...
Il prenait le parti de la majorité de la population qui s'emmerde quand le propos est abstrait.
oublier le passer c'est aussi un phénomène de société
Le calcul de Paul Piché ne sert pas a prévoir l"avenir mais plutot a expliquer le passé. Surtout sur le plan des phénomène de société.
Tout action mene a une réaction. C'est tout. Il a remarqué que cela reviens souvent et toujours en raction a quelque chose et de plus en plus souvent. Et voila.
C'est drôle que les critique des médias semble souvent oublier leur passer. Et oublier le passer c'est aussi un phénomène de société.
Baillargeon, de vive voix
Écoutez une entrevue avec Normand Baillargeon à propos de son livre : Petit cours d'autodéfense intellectuelle (LUX, 2006).
Ici pour l'entrevue
http://www.publications-universitaires.qc.ca/?p=35
C'est une bonne entrevue
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