Vecteur

Vecteur: ce qui véhicule, transmet quelque chose. Dans ce webzine décapant, il y aura régulièrement de nouvelles chroniques qui porteront autant sur les petits riens que sur les grands enjeux qui traversent ma vie et ma société.

25 septembre 2007

Parentalité: ni vertu ni tare

bebe_matelasCe texte vient en partie répondre à une montée de lait solide qu'a faite Regard urbain à propos d'un discours de plus en plus présent qui valorise les parents tout en dénigrant ceux qui n'ont pas d'enfants.  Moi aussi, ça m'écoeure.  Que ce soit à la télé ou sur la rue, on sent un ressac conservateur qui élève au-dessus de tout la parentalité.  C'est comme si, par magie, le fait d'avoir mis un pénis dans un vagin devenait un exploit.  Le bébé qui suit neuf mois plus tard semble accorder une supériorité morale aux parents et une connaissance privilégiée des choses importantes de la vie.

Argument de la supériorité morale: ceux qui décident d'avoir un enfant font le bon choix.  Ce sont des personnes qui contribuent à la société, qui ont un but dans la vie.  Ils travaillent fortement, ils ne sont pas égoïstes, ils ont des valeurs.  Les autres?  Errance, égoïsme, incomplétude.  Les femmes qui n'ont pas accouché ne sont pas de vraies femmes.  Je dénonce cet argument.

Argument de la connaissance: nous entendons souvent des «en tant que parent», «depuis que j'ai des enfants» ou «tu comprendras quand tu auras des enfants».  C'est comme si le fait d'avoir des enfants faisait comprendre le vrai sens de la vie.  Comme si on devenait plus compétent avec le vivant.  Je dénonce également cet argument.

Bref, jusqu'à maintenant, j'adopte la même ligne de pensée que Regard urbain.  Là où je prends mes distances, c'est dans la contre-attaque.  Dans un élan de provocation, ce cher Regard a tenté de montrer que ceux qui n'ont pas d'enfants ont une meilleure perspective sur les choses que ceux qui ont, et je cite, «le nez collé dans les couches pleines de crottes».  Je comprends la démarche de Regard: dans un monde où la famille est tellement valorisée, il faut parfois user d'un peu de mauvaise foi pour se faire entendre.  Néanmoins, j'aimerais de mon côté affirmer ma conviction profonde: les parents ne sont ni meilleurs ni pires que ceux qui n'ont pas d'enfants.  Nous avons là deux choix de vie différents qui mènent à des endroits différents.

À l'argument de la supériorité morale, je réponds qu'il est possible de s'épanouir dans la vie sans avoir de progéniture.  Il y a toujours une foule de manières de contribuer à la société.  Et à l'argument de la connaissance, je dis que les «en tant que parent» ne m'impressionnent pas.  Si je n'ai pas la chance d'expérimenter l'art d'élever des enfants, je suis convaincu que mon recul par rapport à la chose peut être utile dans un débat.  Au pire, rappelons-nous que nous avons tous déjà été des enfants.

Je dénonce donc fermement la querelle stérile qui est en train de se dessiner entre les parents supposément vertueux et les non-parents supposément égoïstes.  Avoir un enfant n'est pas un exploit, c'est un choix.  Ne pas avoir d'enfants n'est pas un vice, c'est une autre voie.  Je ne veux plus que mes amies ressentent une pression épouvantable les poussant à une maternité incontournable.  Je veux qu'elles deviennent mères seulement si c'est leur choix.  Et je veux pouvoir continuer à me sentir un citoyen à part entière, qui a encore son mot à dire, même si je ne mets pas au monde un joli poupon.

Posté par Vecteur à 19:48 - Enjeux sociaux - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

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On me regarde toujours comme le provocateur, le gars de mauvaise foi, ce qui fait qu'on ne prend jamais mes arguments au sérieux.

Cette fois-ci, je le maintiens toutefois: ceux qui n'ont pas d'enfants ont un regard plus complet sur la société que ceux qui en ont.

Plus complet? Disons les intellectuels sans enfants. Ils peuvent s'intéresser aux débats de société de tous les ministères sans avoir à les relier à leur famille. C'est une question de contingence.

La grande majorité de ceux qui ont des enfants (pas mes amis, évidemment...) ne voient plus que cela dans leur monde. Ils prennent leurs soirées et leurs week-ends à amuser Petite ou Tristan, alors, comment voulez-vous qu'ils prennent le temps de lire et de s'informer sur les dernières actualités, les données sociales les plus fraîches. C'est une question de temps.

Ma position est drastique, j'en conviens, mais je serais prêt à la défendre n'importe quand. C'est toutefois, et là je suis d'accord avec Vecteur, uen question de choix. Si tu choisis que tu es parent, tu acceptes que plusieurs enjeux t'échappent, tout comme, quand tu ne l'es pas, d'autres enjeux t'échappent. Mais, entre me questionner sur la pédophilie sur Internet ou les défis posés par les changements climatiques, mon choix est fait.

Posté par Regard urbain, 25 septembre 2007 à 20:31

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