06 juillet 2007
Limites de vitesse: des règlements de polichinelle
Julie Boulet, notre Ministre des transports, vient de verser quelques larmes sur les trop nombreux décès de la route au Québec. Trois grands coupables sont identifiés: alcool, cellulaire et vitesse. Le premier, ça fait longtemps qu'il a été identifié et il fait consensus comme on dit. Le deuxième va sûrement faire plus de vagues. Je ne possède pas de cellulaire, mais je suis certain que ça doit être pratique de régler certaines affaires au téléphone sur un pont congestionné. Mais bien franchement, c'est du troisième dont j'aimerais discuter ici. La vitesse.
Est-ce qu'on s'entend pour dire qu'il n'y a pas beaucoup de conducteurs qui se préoccupent vraiment des limites de vitesse? Bah, on s'en préoccupe dans la mesure où il pourrait bien y avoir une police qui traîne ici et là. Ce que je veux dire, c'est que la plupart des gens ne respectent pas les limites de vitesse. Et quand j'utilise le verbe «respecter», c'est dans le sens d'avoir du respect pour les règlements. Pourquoi respecterions-nous des règlements ridicules? Nous les trouvons ridicules quand la limite est fixée à 100 KM/heure et que notre voiture est fabriquée pour rouler à 200. Nous les trouvons ridicules quand la limite est fixée à 70 KM/heure sur une autoroute à trois voies (une partie du Métropolitain, la 25, etc.) et nous les trouvons encore plus ridicules quand les urbains que nous sommes se plaisent à rouler à 120 KM/heure (soit 50 KM/heure au-dessus de la limite permise) sans aucune conséquence. D'ailleurs, quand je fais des voyages en voiture aux USA, je trouve ça toujours drôle de constater que lorsque nous passons d'un milieu rural à un milieu urbain, les limites de vitesse baissent alors que la vitesse moyenne des véhicules augmente! Vous remarquerez, c'est fascinant! Avez-vous une explication à proposer?
Tout ça pour dire que nous avons des règlements de polichinelle. C'est l'expression que je viens de trouver pour décrire la situation: tout le monde sait que personne ne respecte (dans le sens de respect) les règlements et nous acceptons d'être punis de temps en temps. Il me semble que nous avons l'air d'une bande d'adolescents attardés! Roulons vite et essayons de ne pas être surpris par le directeur d'école! Voyons donc! Il est temps de réaliser que nous sommes en démocratie et que si personne ne veut des règlements actuels, eh bien, on peut les changer! Mais attention, loin de moi l'idée de proposer de libéraliser la route pour qu'elle devienne une jungle où s'amuseraient les garçons de Laval! Je propose plutôt que nous fixions une limite que la majorité trouverait raisonnable (115, 120, 130?) et que nous limitions la puissance de tous les moteurs sauf ceux des services de santé et de sécurité. En espérant que notre propension à en vouloir toujours plus ne se manifeste pas, je crois que nous pourrons ainsi enfin respecter nos règlements.
Commentaires
LA VITESSE
ALLO VECTEUR..LIMITER LA PUISSANCE DES MOTEURS SAUF CEUX DES SERVICES DE SANTE ET DE SÉCURITE, SI TU TE SOUVIENS BIEN EST UNE IDÉE DE TON PÈRE, SAUF QUE SA LIMITE ETAIT STYLE 90 KL MAX ,PAS MAUVAIS COMME IDÉE. ....BYE ...JE T' AIME XX MAMAN
et que dire des piscines
Personnellement je trouve encore pire la sortie sur les piscines. À la limite, sur les routes, on peut dire que les chauffards mettent en danger la vie des autres aussi. Mais là on va obliger les gens à clôturer non seulement les piscines mais aussi les bassins d'eau... comment entrer dans la cours arrière des gens.
Donc moi, vieille célibataire millionaire (dans 50 ans de cela) si je veux me construire un bassin d'eau japonais faudra que je le clotûre et ce malgré le fait que ne cotoierai plus d'enfants depuis longtemps, leur présence me rappelant trop ma vie ratée. Snif! ;o)
Ils sont bons, en Urope !
Salut Vecteur,
Je suis d'accord avec toi qu'il existe une sorte d'hypocrisie par rapport aux limites de vitesse au Québec. Nous le savons, la limite officielle, sur les autoroutes du Québec, est fixée à 100km/h, ce qui me semble relativement bas. Sans être un 'tasse-toé mononc' en Honda civic coupé la casquette par en arrière, je me vois mal faire Ottawa-Rimouski en respectant cette limite, surtout s'il fait beau et qu'il y a peu de circulation) à moins d'avoir deux jours à y consacrer. On sait également que, officieusement, on ne risque pas de se faire arrêter pour excès de vitesse si on ne roule pas au-delà de 120 km/h.
Je recevais, l'année dernière, des amis de France que ce phénomène épatait. Cette 'zone grise' de 20km/h entre la légalité et l'illégalité témoigne, à mon avis, d'un fait évident : la limite de 100km/h sur les autoroutes est trop basse aux yeux de tous, même aux yeux des représentants de la loi.
Je viens de recevoir ma facture de Citroen à Paris pour la location d'une voiture lors de notre récent voyage, début juin. J'ai fait, sur les routes de France, 2660 km en dix jours. J'ai donc pu goûter un peu à un système fort différent du nôtre. Les limites de vitesse sur les autoroutes françaises dépendent de la température, cela me semble une première idée raisonnable. Beau temps, 130, pluie, 110. J'ai respecté scrupuleusement ces limites, mais je dois dire que, là-bas aussi, beaucoup de gens les transgressent largement. Au moins ont-ils le mérite de n'avoir pas de 'zone grise' c'est-à-dire qu'en se faisant pincer à dépasser les limites, que ce soit par un policier ou par un des nombreux radars-photos qui jonchent les routes françaises, on est presque certains d'être punis.
Les limites de vitesse ne dépendent donc pas d'un obscur phénomène de tolérance policière, et tout le monde est heureux parce qu'il n'y a pas d'interprétation possible. Ici, quand la SQ décide de faire du zèle pour regarnir ses coffres, on arrête des gens à 115km/h alors qu'en temps normal, on les tolère jusqu'à 120-125... Et si on ose protester, le policier se retranchera simplement derrière l'officialité 'la loi c'est 100...' Enfin. Tout ça pour dire que je suis d'avis que l'on devrait hausser la limite officielle à 120 ou 130 (et 100 ou 110 par mauvais temps) et que les policiers arrêtent systématiquement ceux qui transgressent ces limites. Limiter la puissance des moteurs ? Bien sincèrement, je ne crois pas qu'une telle diposition puisse être prise sans provoquer la chute du gouvernement qui l'adopte. Par contre, si on sévissait contre les véhicules à grande consommation d'essence (qui sont, de facto, les voitures sport et les gros moteurs) pour des raisons écologiques, je crois qu'on éliminerait du coup un certain nombre de chauffards (car j'ai rarement vu quelqu'un faire de la vitesse en Smart (sans faire rire de lui, du moins).
Pour conclure ce long commentaire et pour faire écho à celui de Catherine, j'aimerais dire un mot sur la réglementation excessive de tout ce qui peut représenter un danger potentiel pour l'être humain. Les piscines sont un exemple parmi tant d'autres; qu'on oblige les gens à poser une clôture de huit pieds autour d'une pataugeuse Mickey Mouse, cela me semble la suite naturelle d'un phénomène entamé depuis déjà un certain temps, et qui marque une fois de plus une différence énorme entre la société américaine et la société européenne. Je serais curieux que l'on compare le nombre d'interdictions qu'on nous impose ici par rapport à celles d'un Européen moyen. J'ai l'impression que, là-bas, le citoyen assume naturellement les dangers de ses actions et de son imprudence. Il y a deux ans, j'ai marché sur les côtes de Bretagne, paysages magnifiques aux falaises hautes et escarpées. Je vois mal le même paysage, au Québec, sans froide clôture de sécurité et lot de pancartes interdisant de marcher sur le bord de la falaise ou d'escalader (d'autant plus que ces clôtures gâchent systématiquement les photos). De même, dans les Alpes françaises, c'est monnaie courante qu'un alpiniste se casse le cou suite à une fausse manoeuvre. C'est tellement commun même qu'on n'en fait même plus un fait divers dans les médias régionaux. Or, suffit qu'au Québec, un randonneur étourdi se foule une cheville en mettant le pied hors du sentier sur le Mont St-Hilaire, qu'on en fait la première page du Journal de Montréal 'des sentiers dangereux' et que le randonneur en question poursuive la SEPAQ pour n'avoir pas placé -justement- de clôture métallique de huit pieds le long du sentier afin d'empêcher les pauvres randonneurs de mettre le pied à côté et de se tordre une cheville.
Cela m'apparaît une caractéristique inhérente à la société québécoise (et, plus largement, américaine) : la déresponsabilisation systématique de l'individu par rapport aux dangers de sa propre stupidité. Cela reprend également un concept présenté par Samson dans son essai 'La simplicité involontaire, dix vérités que les Québécois refusent d'entendre' qui est le concept du Samèdu. Samson explique que, depuis l'adoption de la Charte des droits et libertés, l'individu est investi d'un nombre incalculable de droits acquis, mais d'absolument aucune responsabilité par rapport à la société dans laquelle il vit. Dans son esprit, tout lui est dû (d'où le syndrome du Samèdu) et le randonneur à la cheville foulée en est l'exemple-type.
J'aurais pu me casser le cou en prenant mes photos sur les falaises de Bretagne, mais j'en assumais les risques. J'ai aussi l'impression qu'ici, les gens assument les dangers de leur imprudence dans la mesure où il ne leur arrive rien, et du moment qu'un incident fâcheux survient, il est immédiatement repris et inséré dans la spirale interminable de notre société hyperlégalisée et nos avocats-Don Quichotte en quête de moulins à assaillir.
Y a-t-il un espoir ou dois-je considérer l'exil?
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