15 avril 2007
Quand le magasinage se transforme en interrogatoire
Au fil de mes dernières séances de magasinage, j'ai remarqué que le consommateur moyen est exposé à un véritable interrogatoire en règle. Voici quelques situations qui ont retenu mon attention.
1) Dans les boutiques de vêtements, c'est immanquable, la pulpeuse caissière vous demandera la question qui ne cesse de vous tourmenter la nuit: «est-ce que je mets la facture dans le sac?» Quand on me pose cette question, mon coeur se met à palpiter. Que dois-je faire? La question est fatidique: dans le sac ou dans mes mains? Sérieusement, qu'est-ce que j'en ai à faire que ma facture se retrouve dans le sac? Tout le monde finit par jeter ses factures anyway! L'autre question, que je comprends mieux quand même, est celle-ci: «est-ce que quelqu'un vous a aidé?» Pour vous montrer que je ne suis pas de si mauvaise foi, je réponds toujours par l'affirmative, peu importe si quelqu'un m'a vraiment aidé. Souvent, pour déterminer qui aura une commission sur mon achat, je vais choisir l'employé qui fait le plus pitié. C'est une de mes stratégies pour me sentir mieux.
2) L'autre jour, je me présente dans un dépanneur pour m'acheter quelques fudges (pas juste pour moi). La préposée ressent le besoin de commenter: «Oh, on a un petit goût de sucré»? J'avoue le goût de répliquer: «Oh, ça ne te tente pas de te mêler de tes affaires»? J'ai plutôt répondu avec un sarcasme qu'elle n'a pas dû détecter: «Bien oui, ça fait du bien pour mon moral». Je pensais que mon calvaire au royaume du peuple était terminé. Eh bien non! Elle me pose la question qui tue: «Voulez-vous un sac de fromage en crottes avec ça»? J'avoue le goût de répondre que j'avais déjà assez de calories dans mes achats comme ça, mais j'ai préféré me rappeler que la pauvre employée recevait déjà probablement beaucoup de réponses bêtes dans sa journée.
3) Dernier exemple. Je suis allé dans un grand magasin à rayons pour m'acheter des chaussures. Après avoir attendu quelques minutes en file avant de payer, je passe à l'interrogatoire. Première question: avez-vous trouvé tout ce que vous cherchiez? Réponse possible pas fine: «je cherche le sens de ma vie et je n'ai pas l'impression que c'est avec toi que je vais le trouver». Réponse pas plus fine, mais qui témoigne d'une réflexion critique pertinente: «bien oui, justement, je cherchais un pot pour une plante, pouvez-vous quitter votre caisse dix minutes pour m'aider? Je suis sûr que les sept personnes en file vont comprendre». Deuxième question: Est-ce que je peux avoir votre code postal? Je sais, on demande ça pour connaître d'où vient la clientèle du magasin. Il y a trois réactions possibles: répondre franchement à la question en assumant pleinement notre statut de consommateur, protester vainement contre cette intrusion dans notre vie privée ou mentir en disant n'importe quel code postal». Personnellement, je choisis toujours la dernière option. Troisième et dernière question: «Avez-vous la carte Fidélité-Plus-Synergie pour accumuler des points»? Il y a eu une époque où il fallait argumenter sur l'utilité de ces systèmes de récompenses. Heureusement, c'est maintenant plus simple. Il suffit de répondre clairement «non» à la caissière et celle-ci ne dira rien. Elle se contentera d'encercler machinalement sur la facture le nombre de points qu'on aurait pu accumuler avec notre achat en guise de contre-attaque.
Bref, après avoir magasiné, on a parfois le goût de crier: «Merde, est-ce que je peux juste payer»? Personne n'est dupe, on sait tous que toutes ces petites «attentions» accordées par les employés puent le marketing à plein nez. Dans beaucoup de cas, les employés sont carrément obligés de poser les questions. Nous devons alors nous poser nous-mêmes une dernière question: préférons-nous nous taire sous prétexte que les employés font pitié ou protester vivement pour que les marchands en viennent à changer leurs pratiques commerciales?





