Vecteur

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09 avril 2007

Houellebecq, Michel - Les particules élémentaires

particulesJ'ai enfin terminé cette lecture tortuesque!  J'ai un peu honte de l'avouer, mais j'ai commencé à lire Les particules élémentaires de Michel Houellebecq en janvier.  C'est à coup de deux ou trois pages par jour dans le métro que j'ai réussi à passer au travers.

Résumé: c'est l'histoire de deux demi-frères qui mènent deux existences complètement différentes.  Le premier, Michel, est un scientifique qui n'arrive pas à se soucier des autres et qui entreprend paradoxalement des recherches en biologie dans le but d'améliorer le sort de l'humanité.  Le deuxième, Bruno, est un être déprimé qui cherche à s'évader dans la sexualité.

Michel Houellebecq est un auteur pessimiste.  Nancy Huston le qualifie, comme elle le fait dans un essai pour d'autres auteurs pessimistes, de «professeur de désespoir».  J'ai lu Huston l'an passé alors que j'étais en vacances en République dominicaine.  Cela m'a d'ailleurs poussé à écrire un message intitulé «Humour très noir».  En finissant de lire Houellebecq hier soir, je me suis demandé comment j'allais en parler sur Vecteur.  Je me suis alors souvenu que Huston analyse Les particules élémentaires dans son ouvrage.  J'ai décidé de m'y replonger afin qu'on m'explique toute la portée du livre que je viens de lire.

Pour commencer, Huston m'a surpris en me révélant qu'il y avait une part autobiographique au récit.  Par exemple, tout comme ses personnages, Houellebecq a vécu l'indifférence de ses parents, a séjourné dans un hôpital psychiatrique et s'est exilé en Irlande.

Pour continuer, j'ai aimé que Huston me donne une explication à l'omniprésence de la sexualité dans l'oeuvre de l'auteur.  Elle propose que c'est la façon pour Michel Houellebecq de montrer que l'existence physique n'est que douleur.  Comme les autres auteurs pessimistes, il trouve que la vie est hideuse et que la sexualité, telle que vécue actuellement par les humains, est répugnante.  D'ailleurs, on tente dans le roman de nous montrer que les hommes perdent leur temps avec les femmes.  Alors que Bruno finit dans un hôpital psychiatrique à trop vouloir baiser, Michel, lui, est poussé vers la création divine en l'absence de fréquentation avec l'autre sexe.  Et si une relation homme-femme se développe de façon intéressante, Houellebecq fait invariablement mourir la femme de façon atroce.

Afin de comprendre les enjeux qui se dessinent à travers ces deux destins, Huston soumet l'idée que Houellebecq joue de façon originale sur deux tableaux à la fois.  Il y a d'une part un côté n'est que (nihiliste) à son oeuvre, c'est-à-dire qu'on y explore des thèmes comme la misère sexuelle, l'absence d'amour, l'horreur du passage du temps, la tentation du suicide...  Bref, tout porte à croire que l'existence humaine est foncièrement dérisoire.  Mais, d'autre part, Houellebecq a un petit côté y a qu'à (utopiste) quand, à la toute fin du livre, il se met à créer, à travers son personnage Michel, une nouvelle humanité libérée.  Il s'agit d'un monde où l'érotisme est clairement séparé de la reproduction.  Grâce aux recherches de Michel, les zones érogènes du nouvel homme des plaisirs sont réparties sur l'ensemble du corps.

Plus globalement, comment devrions-nous qualifier le projet romanesque de Houellebecq?  Huston dit qu'il se plaît à décrire l'envers du décor.  Il s'attaque aux sujets dont personne ne veut entendre parler, à savoir la maladie, l'agonie, la laideur, l'oubli, la mort.  D'où peut-être l'impression que j'avais tout au long de ma lecture que les propos de l'auteur étaient parmi les plus crus que j'avais lus dans ma vie?  Huston soutient également que Houellebecq décrit l'infiniment banal et qu'il met en scène des personnages mous et écoeurés.  Mais contrairement à d'autres auteurs pessimistes qui ne nous apportent rien d'autre que le désir de se tirer une balle, Houellebecq laisse entrevoir un espoir.  Un espoir, bien sûr, qui passe par la destruction du monde tel qu'on le connaît.

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