Vecteur

Vecteur: ce qui véhicule, transmet quelque chose. Dans ce webzine décapant, il y aura régulièrement de nouvelles chroniques qui porteront autant sur les petits riens que sur les grands enjeux qui traversent ma vie et ma société.

17 août 2006

Le bon sidéen

sidaLa conférence internationale sur le sida qui a présentement lieu à Toronto (voir article du 14 août 2006) m'a fait réfléchir sur la condition des sidéens.  Je ne sais pas si j'ai une propension trop développée à constater de l'injustice partout, mais tout le battage médiatique des derniers jours m'a révélé qu'il existe une espèce de hiérarchie entre les sidéens.  Évidemment, d'aucuns nieront l'existence d'un tel classement.  Pourtant, il est bel et bien là, en trame de fond.

La hiérarchisation des sidéens apparaît par des phrases toutes simples: «Vous savez, je n'ai pas été chanceuse, moi.  J'ai attrapé le sida par transfusion sanguine».  Ou encore: «Il faut penser aux enfants atteints du sida.  Ce sont d'innocentes victimes».  Nous avons là des témoignages très pernicieux, car ils indiquent, involontairement peut-être, qu'il existe des conditions plus pitoyables que d'autres.  On peut lire ceci entre les lignes: «Ces personnes transfusées et ces pauvres petits enfants ne l'ont pas cherché; il faut donc les sauver à tout prix.  Ce n'est pas comme ces junkies qui utilisent des seringues souillées ou ces débridés sexuels qui ne prennent pas leurs responsabilités».

Vous voulez une illustration plus précise de ce que j'avance?  Revenons aux débuts de l'épidémie.  Souvenez-vous, le sida était la maladie des homosexuels.  À l'époque, les gouvernements ne bougeaient aucunement.  Il a fallu que des groupes militants comme Act-Up surgissent pour conscientiser la population.  En fait, j'ai plutôt la sinistre impression que nous avons commencé à nous préoccuper du sida à partir du moment où ce terrible fléau s'est attaqué à de prétendues innocentes victimes, de bons sidéens. 

Par ailleurs, il est clair que la solution se trouve dans la prévention des comportements dits à risque.  Je ne remets pas ça en question.  Toutefois, je crois qu'il convient de réfléchir aux discours qui sous-tendent les campagnes de sensibilisation entreprises.  La ligne est souvent très mince entre la prévention et la moralisation.  Il faut affirmer haut et fort qu'il n'existe pas de bons ou de méchants sidéens.  Tout le monde sait que personne ne veut de cette maladie.  Oui à la prévention, mais oui également à la compassion pour tous.

Posté par Vecteur à 09:47 - Particularismes sociaux - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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