03 août 2006
En direct des Outgames de Montréal

Me voici en direct des Outgames pour vous tenir au courant. Remarque #1: il n'y a pas d'accent sur le clavier du Palais des Congres. Scandale! "Daisolai" Votre devoue reporter vous donne quand meme immediatement des nouvelles.
D'abord, qu'est-ce que je fais la? Comme je travaille pour un groupe de recherche sur l'homosexualite, j'ai ete invite a participer au volet culturel des Outgames. Donc, la reponse est non, je ne ferai pas de la nage synchronisee. Daisolai. Je participe plutot a une serie de conferences sur la condition sociale des GLBTQ a travers le monde qui se tiennent avant la ceremonie d'ouverture des competitions (samedi le 29 juillet 2006 au Stade olympique de Montreal). D'ailleurs dans la categorie «particularismes sociaux», vous pouvez lire des resumes de conferences auxquelles j'ai assiste.
Pourquoi un tel evenement? La question semble se retrouver sur toutes les levres. C'est une occasion de celebrer la diversite humaine et aussi de reflechir a la question identitaire. Tout le monde est invite, bon au sport ou non, GLBTQ ou non. Je crois aussi qu'il s'agit d'un bon tremplin pour faire apparaitre l'expression homosexuelle dans le tissu social. Qu'est-ce que cette visibilite donne? Je ne peux pas repondre a cette question en quelques lignes, car les effets sont trop diffus. Il vous faudra attendre de lire mon memoire de maitrise (j'ai tellement le sens du suspense).
En ce mercredi 26 juillet 2006, premier jour de la conference internationale, j'ai le choix entre deux activites: "Workers Out" ou "Out for Business". Traduction: entendre la partie syndicale ou patronale. Hum... j'ai peur d'etre juge... Eh bien le choix est facilite, il n'y a plus de place du cote des gauchistes. Au programme pour ce soir: dicours d'ouverture (Gerald Tremblay, Yvon Marcoux, Philipp Braun, Rosanna Flamer-Caldera et Louise Arbour). Un souper sera servi.
Bon! de retour à un clavier avec accents! Je suis de retour du souper. La bouffe était correcte, sans plus. Les discours? C'était des discours... Louise Arbour fut sans surprise la star de la soirée. Dans les couloirs, j'ai vu Svend Robinson. J'ai aussitôt caché ma montre. On sait qu'il aime les bijoux... J'ai réussi à me faire quelques contacts. C'est drôle, mais il a suffi de quelques minutes de conversation pour avoir l'impression que des gens allaient vraiment m'aider dans ma recherche d'emploi. Est-ce naïf d'y croire? Est-ce que ça se passe toujours comme ça? Peut-être est-ce propre à une espèce de mafia gaie qui entretient plus ou moins secrètement tout un réseau de contacts?
Vendredi 28 juillet 2006: j'ai commencé ma journée par une conférence donnée par des politiciens ouvertement LGBT. Parmi les invités: Svend Robinson (premier politicien ouvertement gai au Canada), Agnès Maltais (Parti québécois), Georgina Beyer (de Nouvelle-Zélande, première membre transexuelle d'un Parlement) et Volker Beck (d'Allemagne, j'ai bien ri quand on a dit qu'il adorait son rôle de whip dans son parti). Il y avait beaucoup de médias; je risque de me retrouver dans un reportage télé ou dans un journal.
Dans l'après-midi, ce fut le temps de ma conférence. Il y avait beaucoup moins d'affluence que ce matin, mais on a pu avoir une discussion intéressante sur une foule d'enjeux. J'ai présenté un topo sur la visibilité des gais et lesbiennes québécois au travail, mon collègue du groupe de recherche dont je fais partie s'est penché sur la question des immigrants, une femme est venue discuter de la violence conjugale chez les lesbiennes (oui oui, ça existe! Il paraît même que le phénomène touche jusqu'au quart des couples lesbiens) et un dernier conférencier nous a parlé du Gris-Montréal, organisme démystifiant l'homosexualité à l'école.
Samedi 29 juillet 2006: dernière journée de la Conférence internationale sur les droits humains des LGBT. Sur l’heure du dîner, des invités de marque ont présenté la Déclaration de Montréal. Il s’agit d’un texte qui critique durement l'Organisation des Nations unies parce que celle-ci n'appliquerait pas sa Déclaration universelle des droits de l’Homme à la question des homosexuels. La Déclaration de Montréal a, entre autres, pour but de conscientiser la population du grand combat qui reste à mener dans d’autres pays.
Paradoxalement, mon aventure aux Outgames s'est terminée avec la cérémonie d’ouverture des compétitions sportives. En ma qualité de conférencier, j'ai pu faire mon entrée au Stade olympique avec quelque 12 000 athlètes. Il a fallu attendre longtemps au pied de la tour du stade (de 18h à 19h30) avant de pénétrer dans le fabuleux garage du stade. Dehors, on a eu droit à de la pluie (c'est donc vrai que dieu déteste les gais!), mais puisqu'il faisait en même temps soleil, tous espéraient l'apparition d'un arc-en-ciel, symbole par excellence de la communauté homosexuelle. Toujours est-il qu'on a abouti dans le garage où on a patienté 15 minutes. Et là, ça m'a frappé. Je ne suis pas du style «vive la sécurité», mais force est de constater qu'aucune disposition n'a été prise pour vérifier l'identité des participants, ni même le contenu de nombreux sacs. Avec mon ami, je me suis mis à spéculer: peut-être y aura-t-il un attentat? L'énorme phallus du stade, sous le coup d'une explosion, s'abattrait alors symboliquement sur les trouble-fête de la société. Mais non, tout s'est bien dérouléJe dois vous dire que mon entrée au stade fut une superbe expérience. Recevoir les applaudissements nourris de dizaines de milliers de personnes, ça fait battre le coeur. Et pourtant, je ne peux pas dire que les Outgames étaient une grande implication émotionnelle pour moi. Je n'étais qu'un petit conférencier, pas un athlète ou un organisateur.
C'est ici que je tire ma révérence. Je retourne à la rédaction de mon mémoire. Bons Outgames à tous!
Site officiel des Outgames de Montréal
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